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La collecte prend un coup de jeune
Sous ce nom un peu loufoque se cache un jeune homme d’une vingtaine d’années qui vit à Bordeaux et vient tout juste de terminer ses études aux Beaux-Arts. Qu’il s’agisse de vidéo, d’écriture ou de dessin, Geörgette Power témoigne d’une créativité débridée, d’un style personnel et percutant, qui ont séduit le comité chargé de désigner le lauréat de la première édition de Vidé’oc, nouveau dispositif mis en place par l’Agence culturelle avec le soutien de la Région (Banque Numérique du Savoir Aquitain) pour valoriser la collecte occitane Mémoires de demain.
Agence Culturelle : En quoi ce projet répond-il à vos préoccupations artistiques ? Geörgette Power : La question de l’appartenance et des frontières est assez récurrente dans mes productions. Comment et pourquoi apparaît une frontière (géographique, identitaire, etc.) ? Le langage est un outil qui illumine et découpe les territoires entraînant avec lui tout un tas de valeurs (une culture spécifique) dans sa constellation. C'est avec l'anglais que je vais titiller l'occitan, pour faire valser leurs frontières. Du global et du local : ce cocktail hétérogène me séduit.
A.C. : Quels procédés techniques et artistiques comptez-vous mettre en œuvre dans le projet Vidé'oc ? G.P : J'aime les effets spéciaux, mais plus que tout les procédés banals qui en sont à l'origine. Parler ou écrire sont des banalités.Entendre une langue qui vous est étrangère produit un effet spécial, on se détache du sens, on se rattache à une gestuelle,une musicalité ; l'exotisme qui vous laisse contemplatif et aphone. Je vais dans un premier temps filtrer vos archives pour en réagencer des bribes, un travail d'écriture en somme, puis dans cette idée de collage et d'hétérogénéité, je vais construire un récit de voix de synthèse anglaises qui ponctuera ces fragments de témoignages des derniers occitanophones. Des éléments liants constitueront la trame formelle ; d'une part des éléments graphiques rappelant le drapeau, l'étendard, le blason, d'autre part le sous-titre qui doit trouver ici un juste équilibre pour ne pas monopoliser l'attention, puisque l'enjeu de ce projet n'est pas dans la traduction directe.
A.C. : La dérision est une constante dans vos réalisations . Qu’est-ce que cela révèle de votre regard sur le monde ? G.P : Je ne suis pas certain que ce terme me soit taillé sur mesure. Je travaille certes sur le dérisoire mais c'est pour qu'il soit, si ce n'est réévalué, au moins considéré un instant, vu, remarqué. Ce qui teinte mes dessins, mes textes et mes vidéos d'une ambiguité certaine, entre sérieux implacable et pince-sans-rire.
A.C. : Vous dites vouloir bâtir le grand 8 que votre génération attend. Qu’est-ce que cela signifie au juste ? G.P : On n'apprend pas aux jeunes singes à être plein de fougue ! Je vois en ma génération un horde d'électrons fantastiques, joyeusement désorientés, un peu immortels, et surtout capables d'affirmer sans se trahir tout et son contraire. Je n'ai pas l'ambition de bâtir un grand 8, cette génération en est elle-même déjà un, et de taille. J'entends par grand 8, la faculté d'être ici et là, anglophone, occitanophone, terrien, gascon. Je préfère faire un film dans lequel on verrait comment on s'approprie aujourd'hui un patrimoine immatériel, à savoir une langue qui s'éteint, et montrer quels usages on en fait. Voir où se situe l'occitan dans un territoire bien plus vaste que lui : celui de ses utilisateurs.
Retrouvez l'artiste sur son site : http://georgettepower.com
Renseignements Agence culturelle : 05 53 06 40 00 Line Simon -
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